Des lettres d’excuses d’hommes qui battent leur femme compilées dans un livre

Publié le par Christine Burtin Lauthe

Des lettres d’excuses d’hommes qui battent leur femme compilées dans un livre

Une ONG péruvienne a regroupé les mots d’excuses d’hommes qui battent leur femme dans un ouvrage glaçant.

par Anaïs Chatellier

Je te jure que cela n’arrivera plus, tu es l’amour de ma vie, tout est de ma faute. [...] Pardonne-moi”.

Cinq semaines après avoir lu cette lettre, Raquel reçut le dernier coup de sa vie.

Elles ont peur de représailles encore plus violentes, sont amoureuses de l’homme qui les frappe, ne savent pas à qui s’adresser, ont honte par rapport à son entourage, craignent de ne pas s’en sortir financièrement, etc.

Les raisons pour lesquelles les femmes maltraitées restent avec l’homme qui les bat sont multiples et particulièrement complexes. À cela s’ajoute le comportement des conjoints qui les supplient de revenir, leur promettent qu’ils ne recommenceront plus, leur rappellent qu’ils les aiment plus que tout.

Mon amour, je te demande pardon depuis le fond du cœur, ce qui s’est passé hier n’était pas mon intention, tu sais que je t’aime et ça n’arrivera plus jamais !!! Ça arrive à tout le monde de faire une erreur. Tu es la chose la plus importante dans ma vie. Tu sais, je n’arrive plus à dormir, je ne fais que penser à comment j’ai tout foutu en l’air, ça fait plusieurs années qu’on est ensemble et tu sais que je t’aime.

Tu es ma reine, et tu le seras toujours. Je t’en supplie, réfléchis, si tu le souhaites, je peux te prouver que je vais changer. Je te jure, je t’aime, pardonne-moi, pardonne-moi”.

Andréa, à qui cette lettre est adressée, a souffert par la suite d’un traumatisme crânien, son mari l’a frappée à la tête avec une boîte à outils.

Un projet pour éveiller les consciences

Les cas de femmes battues suivent souvent le même schéma : les hommes regrettent, demandent pardon et réussissent à convaincre leur partenaire de revenir avec eux grâce à des mots d’amour. C’est ce qui leur évite d’être dénoncé“, commence le livre No te mueras por miNe meurs pas pour moi en français – lancé sur internet par l’ONG péruvienne Vida Mujer et l’agence Circus Grey. Ce recueil poignant rassemble ainsi 25 mails, lettres et SMS envoyés par des hommes à leur compagne après l’avoir battue.

La première partie sur fond blanc compile ainsi les messages d’excuses et d’amour de ces hommes, la deuxième partie sur fond noir nous révèle les tragiques conséquences de ce qui s’est passé après, alors qu’ils ont récidivé.

Mon amour, excuse-moi pour hier soir, je suis fou amoureux de toi. Je rêve qu’on élève nos enfants ensemble et je ne veux pas que ce rêve ne se réalise pas à cause d’une erreur. J’agis parfois comme un imbécile mais crois-moi ce n’est pas volontaire, la seule chose que je veux c’est être avec toi pour toujours”.

Dans un accès de colère, Javier lui tira dessus à quatre reprises, une balle la toucha. Brenda a perdu la mobilité de son bras gauche.

En 2014 en France, seules 16 % des femmes qui se déclaraient victimes de violences au sein du couple ont déposé plainte, selon un rapport rédigé par le ministère des Droits des femmes. La majorité des hommes responsables de violences conjugales vivent alors en toute impunité. Un constat accablant que Nelly Cancion, présidente de Vida Mujer explique, entre autres, par ces lettres : “À un moment donné, ces ‘je t’aime, j’ai besoin de toi, je fais de mon mieux’ plaisent à la femme qui est en souffrance. Ce sont de petites lueurs de bonheur et de plaisir, mais la conduite de l’être humain reste la même avec le temps“, rappelle-t-elle.

"Carlita, je suis triste. Triste de ne pas être à tes côtés en ce moment, triste d’avoir tout foutu en l’air. Ce n’était pas du tout mon intention que de te manquer de respect de cette manière-là. [...] Je suis devenu fou en pensant que tu pouvais t’en aller avec un autre. J’ai perdu le contrôle, je sais que ça n’arrivera plus jamais, je le sais parce que je t’aime, mon amour est sincère. [...]

Je veux que cette nuit ne reste qu’un mauvais souvenir, que l’on oublie ensemble, tournons la page et allons de l’avant, ensemble, toi et moi”.

Un an plus tard Carla est tombée enceinte, son conjoint la frappa dans le ventre, provoquant un avortement. Elle ne pourra désormais plus jamais avoir d’enfants.

En France, selon des chiffres officiels, une femme sur 10 est victime de violences conjugales et une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint ou concubin. Ces six dernières années au Pérou, 680 cas de violences conjugales ayant conduit à la mort ont été enregistrés selon le ministère de la Femme et des Populations vulnérables. L’ONG souhaite ainsi éveiller les consciences. L’ouvrage sera d’ailleurs traduit en anglais pour permettre une plus large diffusion. Il se termine par la formule suivante : “Si tu t’identifies à ces femmes, n’attends pas de terminer comme elles.

“Mon amour, je suis désolé pour ce que j’ai fait. Je te jure que j’étais bourré et que je ne me suis pas rendu compte de ce que je faisais. Je ne pouvais plus me contrôler. C’est pour cela que je te demande pardon, c’est terrible pour moi de me rendre compte de ce que j’ai fait. Tu es tout pour moi. Je t’aime depuis la première fois que je t’ai vu. [...]

Laisse moi une chance, juste une dernière chance, sans toi je ne vaux rien, tu es la seule chose qui donne du sens à ma vie. Je t’aime énormément”.

Rocio a souffert d’un œdème cérébral, lors d’une discussion, son copain l’a frappée à plusieurs reprises avec une poêle. Elle est toujours dans le coma.

Commenter cet article