Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /2007 17:30
Voici la lettre que j'ai envoyée en mars 2007 à l'Yonne Républicaine à propos d'un article de Société intitulé "Le comportement sexuel des français", et qui fut publiée dans le courrier des lecteurs.

    En lisant votre article de Société sur « le comportement sexuel des français » du 14 mars et sur les différentes évolutions des comportements des femmes que Michel Bozon, sociologue ne manque pas de souligner dans son étude, je me suis arrêtée sur le constat que fait l’auteur sur les « choses qui résistent souterrainement (à l’évolution des comportements masculins) comme la fréquentation des prostituées qui ne baisse pas » Membre de la Concertation des Luttes contre l’Exploitation Sexuelle -CLES- je saisis cette occasion pour interpeller et questionner les hommes et les femmes que nous sommes, sur le fait qu’en 2007, dans une société démocratique et égalitaire, des Droits de l’homme et du respect de la personne humaine, nous acceptions qu’une partie de la population (les clients : hommes à 90%) en achète une autre (les personnes prostituées : femmes et filles à 80%) ? Comment se fait-il que lorsque nous parlons de violences faites aux femmes (et dans cette campagne présidentielle, nous en entendons « un peu » parler) la violence de et dans la prostitution ne soit jamais abordée ? Ces personnes n’existent-elles pas aux yeux de notre société ? Ne sont-elles pas des mères, des filles, des sœurs bref des personnes à part entière ? Comment se fait-il que des hommes et maintenant des femmes, considèrent « normal » de payer et de consommer une autre personne, homme ou femme, lors d’un « acte sexuel » ? Parce que, ne nous leurrons pas, dans cette consommation pas de plaisir encore moins d’amour et surtout pas d’égalité! Selon une étude faite par Le Mouvement du Nid sur les « clients en question » (2002-2004), 71% des clients interrogés, disent leur insatisfaction et leur absence de plaisir dans la prostitution. Le système prostitutionnel est fait d’argent et de domination. De l’argent pour la personne prostituée (qui souvent n’en voit pas la couleur), pour le proxénète et pour le réseau de trafiquant. En France, les recettes de la prostitution atteindraient 3 milliards d’euros par année. Qui dit recette, dit dépense. Chaque année, des hommes, en grande majorité des « Monsieur tout le monde », dépensent « l’argent du ménage » dans la consommation de prostitution. Ca, c’est une réalité ! Et ne parlons pas de « besoins naturels ou physiologiques » puisque quand c’est même hommes manquent d’argent, dans 58% des cas, ils disent limiter leur consommation de prostitution. Qu’y a-t-il d’autre que de la domination et de la réduction à l’état d’objet, dans le fait d’acheter l’acte sexuel ou le corps d’une personne? Que signifie pour un homme, bon père de famille (dans plus de 50% des cas) d’arrêter sa voiture au bord d’un chemin et d’acheter un acte sexuel à une jeune femme venant de l’Est, de payer et de rentrer tranquillement chez lui embrasser sa femme et ses enfants ? Quelles sont ces « résistances » au changement dont parle l’auteur de l’étude ? Les hommes, (pères, frères, maris, compagnons) ont-ils loupé une marche de notre évolution ? Beaucoup voudraient nous rendre responsables et nous culpabiliser, tout comme « le cogneur » dans les violences conjugales culpabilise sa victime en l’accusant de tous ses maux.

    Coupable ? La société toute entière l’est lorsqu’elle ferme les yeux ou s’arrange du fait que des êtres humains sont vendus, achetés et trafiqués (violentés, abusés, battus, …) pour la consommation d’autres êtres humains!

    Responsable ? Chacun de nous l’est lorsqu’il « délègue » à des hommes et des femmes (souvent issus des pays pauvres, de familles violentes, déstructurées, dépendants, violentés,…) l’obligation d’assouvir les fantasmes et les demandes d’une partie de sa population. Cette demande qui alimente le trafic d’êtres humains et qui fait que chaque année, dans le monde, près de 4 millions de personnes, principalement des femmes et des fillettes, sont trafiqués à des fins de prostitution. Que faire ? Tout comme dans les violences conjugales : éduquer, prévenir ; informer, sanctionner et aider.

Par Christine Burtin Lauthe - Publié dans : CLES
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