Jeudi 20 décembre 2007
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Membre fondatrice de la CLES, je vous propose de vous associer à notre prise de position en m’envoyant vos commentaires
que je ferai suivre. Permettez-moi d’insister plus particulièrement sur une phrase de notre texte qui, pour moi, dit bien la manière dont nos sociétés ont du mal à aller à la racine du problème
et se contentent de le gérer. « Cette violence tient à ce que notre société préfère harceler et criminaliser ces femmes plutôt que de s’attaquer à ceux qui sont
à la source de ces violences, soit les proxénètes et les clients ». En matière de violences, de
prostitution, de trafic d’être humain, il est plus facile pour nos gouvernements de légiférer, de réglementer, d’organiser voire de sanctionner la victime, que de s’attaquer au cœur du problème
c’est-à-dire à l’inégalité homme-femme criante, à la pauvreté et plus particulièrement celle des femmes et des enfants et à la demande des hommes, en grande majorité, qui fait de l’autre un objet
exploitable et exploité, une « chose » soumise et à soumettre.
La CLES dit NON à la violence de
la prostitution
par la Concertation des luttes contre
l’exploitation sexuelle (CLES)
(Montréal, 17 décembre 2007)
Le 17 décembre est déclaré Journée internationale pour contrer la violence envers les personnes en prostitution.
Les membres de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) souhaitent marquer cette journée et réaffirmer leur refus de toute violence exercée ici comme ailleurs dans le monde,
à l’égard des femmes et des filles qui se retrouvent en situation de prostitution. Nous dénonçons la violence psychologique, physique et sexuelle qu’elles subissent à l’instar de plusieurs femmes
dans une société patriarcale mais nous dénonçons aussi
la répression judiciaire et sociale à leur endroit.
Cette violence tient à ce que notre société préfère harceler et criminaliser ces femmes plutôt que de s’attaquer à ceux qui sont à la source de ces violences, soit les proxénètes et les clients.
L’application actuelle des lois et règlements, aux trois paliers de gouvernement, met l’accent sur la criminalisation des femmes, plutôt que sur l’interpellation des clients et des proxénètes,
devant qui les législateurs ferment les yeux de mille et une façons. Ceux-ci se sentent pleinement autorisés à traiter les personnes en prostitution comme une source de profits et de
gratification. Pour les organisations et personnes membres de la CLES, les tentatives actuelles d’imposer une légalisation ou décriminalisation du proxénétisme et des bordels ne feraient
qu’aggraver cette violence en multipliant l’exploitation sexuelle commerciale des femmes. Les statistiques d’agression démontrent que proxénètes et clients sont tout aussi méprisants et
violents derrière des portes closes que dans la prostitution de rue. La preuve déposée au procès de Robert Pickton - qui a dit avoir tué 49 femmes en Colombie-Britannique - indique que sa ferme
était essentiellement un bordel. Au Québec, au moins 5 des 14 femmes en situation de prostitution tuées au cours des 10 dernières années étaient à l’emploi d’agences d’escorte, de maisons closes,
de clubs échangistes, de bars ou se rendaient chez des acheteurs de « services sexuels ». Cette violence organisée doit cesser.
La solution n’est pas de normaliser l’industrie de la prostitution - comme certains le réclament - mais de cibler et confronter la « demande » masculine. La CLES soutient qu’un monde sans
prostitution est possible.
L’expérience de pays comme la Suède démontre que, plutôt que de criminaliser les femmes en situation de prostitution, il est beaucoup plus efficace de leur offrir de véritables solutions en
cessant de les arrêter et en
les appuyant réellement, tout en ciblant leurs exploiteurs. De plus, le fait de situer l’institution de la prostitution dans un continuum de violence envers les femmes permet de travailler sur des
solutions visant une égalité de fait pour toutes les femmes.
Cet appui réel est celui que réclament depuis toujours les femmes défavorisées, sans logis, immigrantes ou narcodépendantes. Elles sont majoritairement les femmes captives de la traite et de la
prostitution. Elles demandent du soutien psychologique, l’accès à des logements et des programmes de garderie abordables, des programmes de désintoxication, la possibilité de retourner aux études
ou de réintégrer le marché du travail dans
des emplois satisfaisants, un soutien au revenu, l’accès à la justice et des démarches d’immigration simplifiées.
La CLES regroupe depuis mai 2005 des intervenantes de première ligne, des chercheurEs universitaires, des auteurEs et des représentantEs d’organismes communautaires et religieux. Toutes et tous
mènent un travail d’éducation populaire et de défense des droits des personnes aux prises avec la prostitution, une forme de violence qui est le contraire même de l’égalité femmes-hommes, qu’elle
se fasse dans la rue ou via des agences d’escorte, dans des salons de massages dits érotiques, bars spécialisés ou bordels, via la pornographie ou Internet. Elle touche particulièrement les femmes
davantage marginalisées (pauvres, racisées, migrantes, autochtones, adolescentes, victimes d’inceste et de viol, etc.).