CLES - Yolande G.

Publié le par Christine Burtin Lauthe

Les membres de la CLES québécoise, ici Yolande Geadah, se battent auprès de leurs élus fédéraux, ici le Bloc québécois, pour qu’ils se penchent réellement et sérieusement sur le problème de société qu’est la prostitution. Ce combat qui est le mien, en tant que membre fondateur de la CLES, devrait concerner toutes les femmes et tous les hommes qui se réclament de l’Egalité, de l’Humanisme et de l’abolition de l’esclavage. Je vous invite à lire cette prise de position.

Montréal, mai 2008     

 Bonjour Monsieur Duceppe1,

Je vous écris en tant qu’électrice et membre d’un groupe de citoyens et de citoyennes intitulé la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES). Nous, les membres et alliés de la CLES, sommes extrêmement préoccupés par la banalisation croissante de la prostitution aux yeux du public québécois et surtout des jeunes. Nous refusons la tendance actuelle qui préconise la légalisation de l’exploitation sexuelle commerciale, sous prétexte de liberté individuelle ou de vouloir assurer la sécurité des personnes prostituées.

Toutes les expériences à travers le monde démontrent que les pays ayant choisi la voie de la légalisation ou de la décriminalisation totale (incluant celle des proxénètes et des clients, comme l’ont fait les Pays-Bas) n’ont pas réussi à enrayer la clandestinité ni les abus inhérents à la prostitution. Une telle politique ne fait qu’ouvrir la porte à l’expansion massive de l’industrie du sexe qui exploite des millions de femmes et d’enfants à travers le monde, ce qui contribue à alimenter constamment le trafic des êtres humains pour répondre aux impératifs du marché.

Les membres de la CLES sont donc profondément déçus de la lettre récente, issue de votre Cabinet, en réponse à un message courriel que je vous ai adressé personnellement en mars dernier. Dans ma lettre je demandais que le Bloc québécois s’inspire du modèle suédois pour défendre une politique qui soit vraiment respectueuse des femmes et de l’égalité des sexes, ce qui exige de refuser la légitimation de la prostitution par l’octroi de permis aux bordels et de s’attaquer en priorité à la demande qui alimente sans cesse ce marché. Votre lettre affirme au contraire que le Bloc québécois refuse la criminalisation des clients et qu’il a inscrit sa dissidence au rapport du Comité permanent de la condition féminine, intitulé « De l’indignation à l’action pour contrer la Traite à des fins d’exploitation sexuelle au Canada »,  sous prétexte qu’il recommande de pénaliser les proxénètes et les clients qui exploitent sexuellement les femmes, de cesser de réprimer les personnes prostituées et de les aider à sortir de la prostitution (recommandations 6 et 7 du rapport).

Nous aimerions savoir si la réponse issue de votre bureau reflète la position officielle du parti et, si tel est le cas, pouvez-vous nous indiquer où cette question importante a-t-elle été discutée, et à quel moment cette position a été adoptée aux seins des instances démocratiques du parti. La position énoncée par votre cabinet ne semble pas refléter celles de plusieurs représentantEs de votre parti. En effet, des sympathisantEs de la CLES ont rencontrés des députéEs du Bloc dans diverses régions à ce sujet. Plusieurs nous ont affirmé ne pas partager entièrement les positions qui sont présentées publiquement comme étant celles du Bloc sur les enjeux liés à l’exploitation sexuelle. À notre connaissance, ce sujet n’a jamais encore été discuté démocratiquement au sein du parti afin de dégager une position officielle qui aille au-delà des opinions personnelles de certaines personnes, influencées par un lobbying très actif en faveur du « travail du sexe ».

Un réel fonctionnement démocratique exige diverses étapes de consultation et de débats approfondis permettant d’écouter les membres et de soupeser les arguments avancés, en se basant sur des études sérieuses et non sur la rhétorique. Une position officielle responsable se doit aussi de tenir compte des impacts sociaux à long terme d’une libéralisation de la prostitution, non seulement sur les personnes prostituées, qu’elles soient ou non consentantes, mais également sur l’ensemble des femmes et des personnes les plus vulnérables de notre société (particulièrement les jeunes, les minorités, les autochtones et les plus démunis), qui sont les plus touchées par la prolifération de ce commerce qui ne respecte ni frontières ni limites.  

Il ne fait aucun doute que les députéEs et candidats du Bloc québécois seront interpellés sur ces questions lors de la prochaine campagne électorale.  Des personnes et des groupes disséminés à travers le Québec, qui luttent contre toutes les formes de violences faites aux femmes, partagent notre conviction qu’un Québec sans prostitution est possible et vivement souhaité. Nous avons des arguments solides pour défendre notre position abolitionniste, arguments fondés sur le respect des droits humains des personnes prostituées et sur les principes d’égalité des sexes qui nous sont chers. Nous ne demandons qu’à les partager avec vous pour éclairer vos réflexions sur ce dossier chaud, et vous permettre de dégager démocratiquement une position cohérente avec les valeurs de justice et d’égalité que le Bloc défend.

Soyez assuré, Monsieur Duceppe, de notre collaboration pour assurer à toutes les femmes le respect de leur droit de vivre sans avoir à se prostituer pour survivre.

Yolande Geadah

c.c. aux députéEs du Bloc québécois

1 Gilles Duceppe est le Chef de file du Bloc québécois, parti fédéral d’opposition



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