Dimanche 1 juin 2008

 

Samedi matin ; café et informations. Yvan Levaï fait sa revue de presse. « A Lille, un mariage a été annulé pour cause de non-virginité » Je monte le son et tends l’oreille « Tollé général après la décision d’un tribunal de Lille, révélée jeudi par Libération, d’annuler un mariage parce que la mariée avait menti sur sa virginité » Le journaliste de radio cite toutes les réactions à cette affaire : E. Badinter, R. Dati, V. Létard et quelques hommes de l’UMP. Je me précipite chez mon libraire pour en savoir plus et acheter le Libé du jour. Trois pages sur « l’affaire » et son contexte législatif et socioculturel.

Permettez-moi d’apporter mon commentaire et de réagir à deux ou trois points de cette histoire. Le premier concerne la situation de cette jeune femme et plus largement celui des filles qui lui ressemblent. Le second la Loi et son caractère rétrograde.

Les jeunes filles des collèges et des lycées que j’ai rencontrées durant la "Consultation Egalité Jeunesse Bourgogne", toutes libérées, modernes et battantes qu’elles sont, témoignent du fait que pour leurs familles et leur communauté, le spectre de la virginité plane sur elles comme le fait aussi celui du mariage. Les deux sont associés et semblent, au moins dans l’imaginaire des familles, aller de paire. Pour la grande majorité des filles françaises, élevées en ville et éduquées en mixité dans l’école de la République, ce passage du statut de fille à femme se passe sans trop de difficulté, chacune s’arrangeant « en famille ». Dans quelques cas, l’archaïsme et l’obscurantisme prévalent et aboutissent à des mariages contraints avec obligation de virginité à la clé. L’article 180 du Code civil sur lequel s’est appuyé le jugement du tribunal de Lille stipule que « s’il y a erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage » La virginité serait vue, dans ce cas, comme « une qualité essentielle de la jeune femme » c’est-à-dire comme un mérite, une valeur ou encore une vertu ! Nous sommes en France et en 2008 ! On croit rêver. Le mari à qui l'on avait présenté sa future épouse comme « une célibataire chaste » ce qui pour lui se traduisait par « vierge », affirme qu’il a été trompé sur « la qualité » et demande « qu’on annule tout » voire qu’on le rembourse pour les dommages subis peut-être comme on le fait pour un frigo ou une voiture. Le journaliste de radio signale que ni la jeune femme ni son avocat ne se sont manifestés. Et pour cause ! Cette publicité ne convient ni à la famille de la jeune femme qui doit « avoir la honte » ni à celle qui maintenant risque d’être pointée du doigt et être « la honte » dans sa communauté. Et pourtant ! De par son attitude, cette jeune femme a fait preuve de modernisme, de détermination et « d’humour ». Et oui ! Obligée de se marier, par sa famille, sa communauté, à un homme dont elle connaissait l’archaïsme et le machisme, puisqu’il réclamait sa virginité, elle a accepté la tractation en sachant qu’elle serait suivie de l’annulation ou du divorce. Elle aurait pu, comme beaucoup d’autres le font, subir une hymenoplastie et endurer pendant des années un mari rétrograde, qui lui aurait peut-être imposé le voile, les grossesses multiples et l’enfermement à la maison. Au contraire, elle a « devant le juge, reconnu qu’elle avait menti et acquiescé à la demande de nullité ». Pour une fois, peut être la seule, je suis d’accord avec Rachida Dati (qui a l’air de parler en connaissance de cause) qui a fait ce commentaire « Le fait d’annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage, parce que je pense que cette jeune fille (…) a souhaité également, sans doute, se séparer assez rapidement » (Libé) Et on la comprend ! Et on l’approuve ! Et on se dit qu’elle va peut être faire des émules et que demain les annulations de mariage pour « non-virginité » vont se multiplier dans les tribunaux français au bénéfice des jeunes femmes qui, pour un temps, auront trouvé la parade à la contrainte, à l’obscurantisme et à la violence.

Je ne leur souhaite pas cette solution. C’est une solution par défaut. Depuis des années, femmes et hommes de notre société prônent la liberté de choix, l’égalité devant la Loi, le droit des femmes et l’amélioration de leur condition. Cette Loi et son article 180, parce qu’elle nous renvoie à une autre époque, une autre société, nous apparaît rétrograde et régressive. La loi doit signifier la volonté de notre société d’être égalitaire, moderne et progressiste. Il faut donc la changer. Malheureusement, elle ne changera pas les mentalités. Celles-ci changeront parce que des filles et des garçons n’accepteront plus les mensonges, les traditions rétrogrades et imposeront à leurs familles et à leurs communautés le respect, la liberté et l’épanouissement personnel.


 


Par Christine Burtin Lauthe - Publié dans : Politique nationale
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