INTERNATIONAL - Femicide au Congo

Publié le par Christine Burtin Lauthe

Les Ministres des affaires étrangères français et anglais sont en ce moment en République démocratique du Congo (RDC). Depuis fin août, les conflits qui se déroulent dans l’Est du pays ont fait 1,6 million de déplacés internes. Parmi eux, des hommes bien sûr et des enfants et comme toujours des femmes qui en plus subissent les violences et les viols des belligérants, de quelques côtés qu’ils soient. Sur le site de Sisyphe, Elaine Audet, nous présente un article paru en 2007 sur la situation là-bas qui est encore d’actualité. Je vous invite à le lire et à vous questionner comme je le fais sur ces raisons qui font que ces pays sont en guerre depuis tant d’années ? Que les femmes et les enfants en soient les premières victimes ? Et qu’en plus, les femmes et les filles y soient violentées systématiquement ?

CBL



Fémicide au Congo


2 novembre 2008 -

par Élaine Audet


De retour d’un séjour d’un mois en République démocratique du Congo (RDC) où elle a assisté aux courageux témoignages publics de femmes violées, la dramaturge féministe Eve Ensler se demande ce qui empêche le monde d’intervenir en RDC. Est-ce que seules les ressources énormes du Congo - coltan pour nos téléphones portables, par exemple – sont dignes d’attention pour l’Occident ? Ou est-ce simplement une question de racisme et, qu’à moins que des Blancs ne soient impliqués dans un conflit, le monde n’intervient pas ? Ou est-ce parce que la plus grande partie de cette guerre est menée sur les corps, les organes génitaux et les organes reproducteurs des femmes et que le monde s’en fiche quand il s’agit du sort des femmes ? L’article que nous publiions, il y a un an, est malheureusement toujours d’actualité.


"Un véritable fémicide a lieu en ce moment dans la République démocratique du Congo", a déclaré Stephen Lewis, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et envoyé spécial de l’ONU pour le VIH/SIDA en Afrique, lors d’une conférence à l’Université de Montréal, le 9 octobre 2007. On assiste à une barbarie indicible sous l’œil du monde sans que personne n’intervienne. La violence est si extrême qu’il est impossible de la décrire à la radio, ajoute Aline Gobeil de Radio-Canada. Il n’y a aucun équivalent sur terre, selon Stephen Lewis. Ce qui se passe dans l’est du Congo est la continuation du génocide au Rwanda. Des miliciens hutus ont trouvé refuge au Congo, depuis 1994, attirés par ses richesses, et y perpètrent en toute impunité, à la face de l’opinion mondiale, viols, mutilations, cannibalisme.

En 2005, Sisyphe avait publié un article de Rory Carroll affirmant qu’en huit ans, des dizaines de milliers de Congolaises ont été violées et torturées par des militaires et des proches. Le 7 octobre 2007, le New York Times publiait un article parlant d’"épidémie de viols au Congo" ! Un médecin travaillant dans l’épicentre de cette "épidémie" déclare qu’on ne sait pas pourquoi ces viols ont lieu, mais qu’une chose est claire : "Ils ont pour but de détruire les femmes."


Selon les Nations Unies, 27 000 agressions sexuelles ont été rapportées en 2006 dans la province du Sud Kivu seulement, et cela n’est qu’une fraction de l’ensemble de ces crimes dans tout le pays. Malteser International, un organisme européen de lutte contre le sida qui opère des cliniques médicales dans l’est du Congo, estime qu’il y a un risque de 8 000 cas de viol cette année, comparé à 6 338, l’année dernière. L’organisme déclare que "dans la seule ville de Shabunda, 70% des femmes ont subi des brutalités sexuelles."


Causes inconnues ?

Les médecins, le personnel de lutte contre le sida, les chercheuses et chercheurs tant congolais qu’étrangers ne peuvent expliquer un tel déchaînement de violence. Plusieurs Congolais nient que le problème soit culturel et insistent pour dire que ces viols en série n’ont pas pour cause la façon dont les hommes traitent les femmes dans la société congolaise. Si tel était le cas, on s’en serait rendu compte depuis longtemps, déclarent-ils. L’épidémie de viols s’est déclarée au milieu des années 90, au moment de l’arrivée massive des réfugiés hutus, après l’extermination de 800 000 Tutsis et Hutus modérés au Rwanda. Un consultant canadien travaillant dans le domaine de la prévention du sida qualifie le phénomène des viols massifs de "valeurs inversées", de tels comportements pouvant se développer, selon lui, dans des régions traumatisées par des conflits interminables comme dans l’est de la République démocratique du Congo.


Dans un article paru dans Libération le 8 mars 2007 et intitulé "Congo, le viol comme arme de guerre", Juliana Gristelli raconte que, dans l’hôpital situé à l’extrême est du Congo, "La plus jeune des patientes a 5 ans. Les viols rituels sur des enfants ou des femmes âgées ont toujours existé dans la région. Mais la plupart des femmes opérées à Panzi ont été victimes de campagnes massives où le viol a été utilisé comme une arme de guerre, visant à détruire le tissu familial et social par la transmission du VIH et la mutilation."

En 2005, 3 600 femmes ont été opérées à Panzi, 3 550 en 2006. Et on va d’histoire d’horreur en histoire d’horreur : "Tes jambes ne te servent à rien, je vais te les brûler". C’est ce que le mari de Mélanie lui a dit lorsqu’elle est rentrée chez elle, en lui racontant qu’elle avait été violée dans les champs où elle travaillait. Furieux, au lieu de la consoler, le mari l’a accusée de ne pas avoir couru. Il l’a aspergée de combustible et a craqué une allumette. Marie a été violée avec sa fille de 8 ans. Euralie, elle, a été violée devant ses propres enfants par huit soldats, qui venaient de tuer son mari.


Agir

En lisant ces articles et témoignages, on se demande ce qu’il faudrait faire pour venir en aide à nos sœurs congolaises pourchassées par des assassins qui, en toute impunité, cherchent à les effacer de la surface de la terre. On ne saurait s’en étonner quand on voit la montée de la violence sexiste aux quatre coins de la planète. Qu’il s’agisse de femmes manquantes, comme en Inde ou en Chine où l’on avorte systématiquement des fœtus féminins, de "l’épidémie" de violence maritale dans les pays occidentaux alors que le viol tarifé dans la prostitution y est de plus en plus banalisé et légalisé. La vie d’une femme ne vaut décidément pas cher en ce début du 21e siècle qui devait être marqué par le triomphe de la démocratie et la répartition équitable de la richesse mondiale. Alors que le système capitaliste néolibéral fait l’objet de critiques virulentes, il y a une énorme tolérance face au système patriarcal, responsable de tant d’injustices et de violences au nom de la suprématie masculine, de la tradition et de la religion.

 

 

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josue Mushagalusa Boji 09/02/2009 14:02

Dans un article signé Elaine Audet, publié dans le blog de Christine Burtin Lauthe – cbl2008, elle a relaté le cauchemar que vivent mes sœurs dans l’Est du Congo, particulièrement dans le Sud-Kivu dont je suis originaire. Toutes fois, elle a cité un article qui aurait été écrit par Juliana Gristelli, et cette dernière prétend que les viols rituels sur des enfants ou des femmes âgées a toujours existé dans la région. Je m’insurge en faux contre cette assertion qui aurait été publié dans un journal aussi sérieux que le Libération. Dans nos cultures ce genre de rituel n’a jamais existé, je lui demande de bien vouloir vérifier les sources de son article et de publier un démenti. Les missionnaires ont abondamment écrit sur les coutumes et traditions du Bushi elle n’a qu’à se référer à leurs ouvrages ou mieux encore nous interrogés nous. Nous avons des traditions de respect envers la femme qui sont incompatible avec ce genre de rite. Je ne voudrais pas polémiquer, je souhaiterai qu’elle rétablisse la vérité. Et que les auteurs de ces crimes contre l’humanité à relents génocidaires paient pour leur crime sans se cacher derrière des coutumes qui n’existent pas dans le Bushi.
Josué Mushagalusa BOJI
Coordonateur de ‘Les léopards pour la paix’
asbl congolaise engagée dans la lutte contre le « femicide congolais » ‘Les léopards pour la paix’