FEMMES - Sale temps pour les femmes en Afghanistan

Publié le par Christine Burtin Lauthe

Très beau texte d’Elisabeth Badinter paru dans Libération.fr le 15 avril 2009. Prise de position et cri d’alarme qui dit et redit comment les talibans et leur charia, prétendument Loi islamique, vont écraser les femmes, les soumettre et les rabaisser au rang d’objet ou de ventre à faire des garçons mais certainement pas d’être humain. Elle nous redit et c’est notre seul espoir pour elles, que les femmes et les filles qui réussiront à recevoir de l’éducation et à s’émanciper trouveront un jour la force de remettre à leur place ou encore mieux de pousser dehors ces « sauvages » et ces incultes que sont les hommes qui aujourd’hui les écrasent et les font vivre comme des esclaves en espérant les faire disparaître. « Est-ce ainsi que les Hommes vivent…? »

Obama, Président des Etats-Unis, va-t-il abandonner les femmes au joug des talibans en Afghanistan pour avoir les mains libres au Pakistan ? Il y perdra l’honneur et il aura la guerre !


Sale temps pour les femmes en Afghanistan

Elisabeth Badinter philosophe et historienne.

Hamid Karzaï, qui fut le candidat de l’Occident à la présidence de la république afghane, va-t-il abroger la loi scélérate contre les femmes chiites votée par le Parlement le mois dernier et signée par lui il y a quelques jours ?

Bien que le texte de la loi ne soit pas publié, parlementaires féminines et responsables afghanes de commissions indépendantes veillant au respect des droits des femmes appellent à l’aide. De quoi s’agit-il ? Rien moins que du rétablissement du code de la famille taliban pour les populations chiites qui représentent 10 % à 15 % de la population afghane. Plus précisément, le texte interdit aux femmes de sortir, de travailler ou d’aller chez le médecin sans la permission de leur mari et aux petites filles d’aller à l’école sans celle de leur père. En cas de divorce, les enfants sont confiés aux pères ou aux grands-pères. En outre, il proclame la disponibilité sexuelle des épouses, ce qui revient tout simplement à légaliser ce que d’aucuns appellent le viol conjugal, et à légitimer le statut d’objet sexuel des femmes. Déjà, les sunnites lorgnent cette loi pour se l’approprier.

Ce retour légal aux années les plus sombres de l’histoire afghane - contraire à la Constitution adoptée en janvier 2004 - n’est qu’une basse manœuvre politicienne de Karzaï pour tenter de se faire réélire à la présidence, en août. Il achète les voix chiites de la minorité hazara au prix de la légalisation de l’esclavage des femmes : «votez pour moi et je vous reconnais leur maître absolu». Certes, Karzaï peut toujours arguer que le texte réglemente un domaine régi jusqu’ici par la seule coutume et qu’il a déjà été amendé en repoussant l’âge du mariage des filles de 9 ans à 16 ans, au grand dam de l’imam Mohseni, à l’origine de ce texte ; reste qu’en signant cette loi liberticide, il a démontré à tous ceux qui militent pour le respect des droits de l’homme qu’il se fichait bien de ceux des femmes et de la Constitution.

Mais au-delà de ce marchandage électoral répugnant, se pose la question plus générale du pouvoir religieux sur la loi et de ses conséquences pour les femmes dans les républiques ou royaumes qui se veulent «islamiques». Dans tous ces pays qui appliquent la charia, les femmes ne jouissent jamais de droits parfaitement identiques à ceux des hommes, quelles que soient les nuances observées d’un pays à l’autre. Et quand le pouvoir politique, comme au Maroc, tente de faire progresser la condition féminine, le puissant parti islamiste s’y oppose de toutes ses forces et gagne des voix.

Il est vrai que les intégristes, toutes religions confondues, se comportent comme s’ils haïssaient les femmes : bonnes à «baiser», non à aimer. Mais il se trouve qu’aujourd’hui, les démocraties occidentales, qu’il est de bon ton de brocarder, ont mis fin au pouvoir religieux sur la loi, et que cette étape reste à accomplir pour une majorité de pays musulmans. Aussi étrange que cela paraisse, la paix dans le monde est à ce prix qui a pour nom laïcité. C’est un dur combat à mener dont le succès seul peut garantir l’égalité des sexes et la démocratie, dont elle est le critère le plus probant. Il n’est donc pas admissible qu’on invoque ici ou ailleurs les coutumes des uns ou les religions des autres pour contourner ou refuser le principe de laïcité. Si certains gauchistes en Occident et des relativistes bien intentionnés se réclament de l’antiracisme ou de la tolérance pour promouvoir la religion du voile ou de la burqa, qu’ils sachent bien qu’ils font le jeu des intégristes, et notamment des talibans en Afghanistan et au Pakistan.

On commence par faire disparaître les femmes de l’espace public, on les dissimule au regard des autres, on les marie de force et on les soumet, au nom de Dieu, au père et au mari tout puissant.

Dans le beau roman de Khaled Hosseini, Mille Soleils splendides, un père rappelle à sa fille les libertés et les droits dont avaient joui les femmes sous le régime communiste entre 1978 et 1992 : «Une bonne époque pour être une femme en Afghanistan.» Mais depuis que les moudjahidin se sont emparés du pouvoir en 1992 et pire, depuis l’arrivée des talibans en septembre 1996, la vie des femmes, plus encore que celles des hommes, était devenue un enfer : fermeture des écoles de filles, interdiction de travailler, de rire en public ou de sortir seule, lapidation…

L’arrivée des Occidentaux sur le sol afghan n’a certes pas mis fin à toutes les coutumes archaïques. Mais là où ils sont - même si cela ne concerne qu’une petite partie du territoire - les femmes ont recouvré leurs droits essentiels. Pour cette raison, il me semble tout aussi impossible de cautionner Hamid Karzaï que de quitter l’Afghanistan et de l’abandonner de nouveau aux talibans.

Comme le rappelait récemment le ministre canadien des Affaires étrangères, les Occidentaux ne sont pas seulement venus pour tenter d’arrêter Ben Laden, mais pour soutenir les droits de l’homme, et en particulier ceux des femmes. Il faut laisser à celles-ci le temps de s’éduquer et de s’émanciper, et alors les talibans qui rôdent dans tout le pays n’auront pas pire ennemi qu’elles. Il faudra certainement attendre qu’une nouvelle génération se forme, dépenser beaucoup d’argent et pleurer des morts pour que ce pays ait la force de résister aux barbares. Mais c’est à coup sûr le seul moyen de rendre aux femmes de cette région la jouissance de leurs droits et peut-être d’éviter au pays le désastre annoncé.

Beaucoup aujourd’hui disent le contraire, appellent à se retirer et à baisser les bras. Implicitement, ils laissent à penser que les droits des femmes ne sont pas leur affaire. Il est temps de leur rappeler le mot célèbre de sir Winston Churchill après la reculade de Munich : «Vous croyez avoir sauvé la paix en gardant l’honneur. Vous avez perdu l’honneur et vous aurez la guerre.»

Publié dans Femmes

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acton8 12/03/2010 09:19


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