International

Mercredi 5 novembre 2008

Les Ministres des affaires étrangères français et anglais sont en ce moment en République démocratique du Congo (RDC). Depuis fin août, les conflits qui se déroulent dans l’Est du pays ont fait 1,6 million de déplacés internes. Parmi eux, des hommes bien sûr et des enfants et comme toujours des femmes qui en plus subissent les violences et les viols des belligérants, de quelques côtés qu’ils soient. Sur le site de Sisyphe, Elaine Audet, nous présente un article paru en 2007 sur la situation là-bas qui est encore d’actualité. Je vous invite à le lire et à vous questionner comme je le fais sur ces raisons qui font que ces pays sont en guerre depuis tant d’années ? Que les femmes et les enfants en soient les premières victimes ? Et qu’en plus, les femmes et les filles y soient violentées systématiquement ?

CBL



Fémicide au Congo


2 novembre 2008 -

par Élaine Audet


De retour d’un séjour d’un mois en République démocratique du Congo (RDC) où elle a assisté aux courageux témoignages publics de femmes violées, la dramaturge féministe Eve Ensler se demande ce qui empêche le monde d’intervenir en RDC. Est-ce que seules les ressources énormes du Congo - coltan pour nos téléphones portables, par exemple – sont dignes d’attention pour l’Occident ? Ou est-ce simplement une question de racisme et, qu’à moins que des Blancs ne soient impliqués dans un conflit, le monde n’intervient pas ? Ou est-ce parce que la plus grande partie de cette guerre est menée sur les corps, les organes génitaux et les organes reproducteurs des femmes et que le monde s’en fiche quand il s’agit du sort des femmes ? L’article que nous publiions, il y a un an, est malheureusement toujours d’actualité.


"Un véritable fémicide a lieu en ce moment dans la République démocratique du Congo", a déclaré Stephen Lewis, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et envoyé spécial de l’ONU pour le VIH/SIDA en Afrique, lors d’une conférence à l’Université de Montréal, le 9 octobre 2007. On assiste à une barbarie indicible sous l’œil du monde sans que personne n’intervienne. La violence est si extrême qu’il est impossible de la décrire à la radio, ajoute Aline Gobeil de Radio-Canada. Il n’y a aucun équivalent sur terre, selon Stephen Lewis. Ce qui se passe dans l’est du Congo est la continuation du génocide au Rwanda. Des miliciens hutus ont trouvé refuge au Congo, depuis 1994, attirés par ses richesses, et y perpètrent en toute impunité, à la face de l’opinion mondiale, viols, mutilations, cannibalisme.

En 2005, Sisyphe avait publié un article de Rory Carroll affirmant qu’en huit ans, des dizaines de milliers de Congolaises ont été violées et torturées par des militaires et des proches. Le 7 octobre 2007, le New York Times publiait un article parlant d’"épidémie de viols au Congo" ! Un médecin travaillant dans l’épicentre de cette "épidémie" déclare qu’on ne sait pas pourquoi ces viols ont lieu, mais qu’une chose est claire : "Ils ont pour but de détruire les femmes."


Selon les Nations Unies, 27 000 agressions sexuelles ont été rapportées en 2006 dans la province du Sud Kivu seulement, et cela n’est qu’une fraction de l’ensemble de ces crimes dans tout le pays. Malteser International, un organisme européen de lutte contre le sida qui opère des cliniques médicales dans l’est du Congo, estime qu’il y a un risque de 8 000 cas de viol cette année, comparé à 6 338, l’année dernière. L’organisme déclare que "dans la seule ville de Shabunda, 70% des femmes ont subi des brutalités sexuelles."


Causes inconnues ?

Les médecins, le personnel de lutte contre le sida, les chercheuses et chercheurs tant congolais qu’étrangers ne peuvent expliquer un tel déchaînement de violence. Plusieurs Congolais nient que le problème soit culturel et insistent pour dire que ces viols en série n’ont pas pour cause la façon dont les hommes traitent les femmes dans la société congolaise. Si tel était le cas, on s’en serait rendu compte depuis longtemps, déclarent-ils. L’épidémie de viols s’est déclarée au milieu des années 90, au moment de l’arrivée massive des réfugiés hutus, après l’extermination de 800 000 Tutsis et Hutus modérés au Rwanda. Un consultant canadien travaillant dans le domaine de la prévention du sida qualifie le phénomène des viols massifs de "valeurs inversées", de tels comportements pouvant se développer, selon lui, dans des régions traumatisées par des conflits interminables comme dans l’est de la République démocratique du Congo.


Dans un article paru dans Libération le 8 mars 2007 et intitulé "Congo, le viol comme arme de guerre", Juliana Gristelli raconte que, dans l’hôpital situé à l’extrême est du Congo, "La plus jeune des patientes a 5 ans. Les viols rituels sur des enfants ou des femmes âgées ont toujours existé dans la région. Mais la plupart des femmes opérées à Panzi ont été victimes de campagnes massives où le viol a été utilisé comme une arme de guerre, visant à détruire le tissu familial et social par la transmission du VIH et la mutilation."

En 2005, 3 600 femmes ont été opérées à Panzi, 3 550 en 2006. Et on va d’histoire d’horreur en histoire d’horreur : "Tes jambes ne te servent à rien, je vais te les brûler". C’est ce que le mari de Mélanie lui a dit lorsqu’elle est rentrée chez elle, en lui racontant qu’elle avait été violée dans les champs où elle travaillait. Furieux, au lieu de la consoler, le mari l’a accusée de ne pas avoir couru. Il l’a aspergée de combustible et a craqué une allumette. Marie a été violée avec sa fille de 8 ans. Euralie, elle, a été violée devant ses propres enfants par huit soldats, qui venaient de tuer son mari.


Agir

En lisant ces articles et témoignages, on se demande ce qu’il faudrait faire pour venir en aide à nos sœurs congolaises pourchassées par des assassins qui, en toute impunité, cherchent à les effacer de la surface de la terre. On ne saurait s’en étonner quand on voit la montée de la violence sexiste aux quatre coins de la planète. Qu’il s’agisse de femmes manquantes, comme en Inde ou en Chine où l’on avorte systématiquement des fœtus féminins, de "l’épidémie" de violence maritale dans les pays occidentaux alors que le viol tarifé dans la prostitution y est de plus en plus banalisé et légalisé. La vie d’une femme ne vaut décidément pas cher en ce début du 21e siècle qui devait être marqué par le triomphe de la démocratie et la répartition équitable de la richesse mondiale. Alors que le système capitaliste néolibéral fait l’objet de critiques virulentes, il y a une énorme tolérance face au système patriarcal, responsable de tant d’injustices et de violences au nom de la suprématie masculine, de la tradition et de la religion.

 

 

Par Christine Burtin Lauthe
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Mercredi 8 octobre 2008
Eve Ensler, dramaturge américaine et féministe a publié le 12 septembre, sur la Liste de Femmes en noir, ce texte qui a été traduit par Elaine Audet et mis en ligne sur Sisyphe le 28 septembre. Après le texte que j’avais écris moi-même sur ce blog à propos du choix de Sarah Palin par Mc Cain, je trouve intéressant de partager avec vous la lecture de cet « Appel aux femmes américaines» à réagir face au cynisme et à la manipulation des hommes politiques et face à ceux qui « comptent sur la bonté et la solidarité des féministes » pour voter Sarah Palin / Mc Cain que lance Eve Ensler.

 

À propos de Sarah Palin - "Drill, Drill, Drill !" 

par Eve Ensler, dramaturge

Je fais des cauchemars sur Sarah Palin. J’ai rêvé la nuit dernière qu’elle était membre d’un club de motoneigistes qui portaient des griffes d’ours polaires noyés ou affamés autour de leur cou. J’ai tout spécialement un faible pour les ours polaires. C’est peut-être leur blancheur neigeuse ou leur taille ou le fait qu’ils vivent dans l’Arctique ou que je n’en ai jamais vu un en personne ou n’en ai jamais touché. C’est peut-être le fait qu’ils ont l’air si confortables de vivre sur la glace. Quelle que soit la raison, j’ai besoin des ours polaires.

Je n’aime pas râler contre des femmes. Je suis une féministe et j’ai passé ma vie à essayer de construire la solidarité, à donner plus de pouvoir aux femmes et à lutter contre la violence qui leur est faite. C’est dur d’écrire sur Sarah Palin. C’est pourquoi le choix de Sarah Palin est d’autant plus insidieux et cynique. Les gens qui ont fait ce choix comptent sur la bonté et la solidarité des féministes.

Mais tout ce que croit Sarah Palin est contraire au féminisme qui, pour moi, fait partie d’une seule histoire – reliée au sauvetage de la terre, à la fin du racisme, au renforcement des femmes, au droit de choisir leur vie pour les jeunes filles, à l’ouverture d’esprit, à l’approfondissement de la tolérance et à la lutte pour en finir avec la violence et la guerre.

Je crois que le ticket McCain/Palin est un des choix les plus dangereux de toute ma vie, et si le pays choisit ces candidats, les répercussions pourraient être si grandes, la destruction si vaste dans tellement de domaines que l’Amérique pourrait ne jamais s’en relever. Mais c’est l’impact qu’il pourrait avoir sur le reste du monde qui est si dérangeant avec ce duo. Malheureusement, ceci n’est pas une blague. Au cours de ma vie, j’ai vu le clownesque, l’inepte, le bizarre accéder régulièrement à la présidence.

Sarah Palin ne croit pas à l’évolution. Je prends cela pour une métaphore. D’après elle et dans le monde des fondamentalistes rien ne change ni ne s’améliore ou n’évolue. Elle ne croit pas au réchauffement global. Le dégel dans l’arctique, les ouragans qui détruisent nos villes, la pollution et la montée du cancer font tous partie du plan de Dieu. Elle lutte pour retirer les ours polaires de la liste des espèces en danger. La terre, dans la vision de Palin, est là pour être prise et pillée. Les loups et les ours sont là pour être abattus et pillés. Le pétrole est là pour être pris et pillé. L’Irak est là pour être pris et pillé. Comme elle le dit elle-même au sujet de la guerre d’Irak, "c’était la volonté de Dieu".

Sarah Palin ne croit pas à l’avortement. Elle ne croit pas que des femmes qui sont violées, qui subissent l’inceste, qui sont écartelées contre leur volonté ont le droit de déterminer si elles veulent ou non garder le bébé de leur violeur.

Il est clair qu’elle ne croit pas à l’éducation sexuelle ou au contrôle des naissances. J’imagine que sa fille pratiquait l’abstinence et on sait tous le nombre de bébés qui découle de l’abstinence.

Sarah Palin ne croit pas fort à la réflexion. D’après ce que j’ai recueilli, elle a essayé d’interdire des livres de la bibliothèque, elle a une tendance à se débarrasser des personnes qui pensent par elles-mêmes. Elle ne peut pas tolérer un environnement d’ambiguïtés et de différences. C’est une femme qui pourrait très bien devenir le prochain président des États-Unis. Elle gouvernerait une des populations les plus diversifiées sur terre.

Sarah croit dans les fusils. Elle possède son propre fusil de chasse autrichien personnalisé. On sait qu’elle a abattu 40 caribous en chaîne. Elle a tiré sur des centaines de loups d’un hélicoptère.

Sarah croit en Dieu. C’est bien sûr son droit, son droit privé. Mais quand Dieu et les fusils se rejoignent dans la sphère publique, quand on déclare la guerre au nom de Dieu, quand les droits des femmes sont rejetés en son nom, on perd la séparation de l’Église et de l’État et de tout ce que l’Amérique a toujours essayé d’être.

J’écris à mes sœurs. J’écris parce que je crois que nous tenons cette élection entre nos mains. Ce vote est un vote qui déterminera l’avenir non seulement des États-Unis, mais de toute la planète. Il déterminera si nous créons une politique pour sauver la terre ou la rendre définitivement inhabitable pour les humains. Il déterminera si nous allons vers le dialogue et la diplomatie dans le monde ou si nous augmenterons la violence par l’invasion, la guerre d’usure, l’attaque. Il déterminera si nous faisons le choix du pétrole, de l’extraction à ciel ouvert, de brûler du charbon ou si nous investirons notre argent dans des alternatives qui nous libérerons de la dépendance et de la destruction. Il déterminera si l’argent ira à l’éducation et aux soins de santé ou si nous construirons de plus en plus de méthodes pour tuer. Il déterminera si l’Amérique est une société ouverte, tolérante, libre, ou un lieu clos régi par la peur, le fondamentalisme et l’agression.

Si les ours polaires ne vous émeuvent pas pour aller de l’avant et pour faire tout ce qui est en votre pouvoir pour élire Obama, alors prenez en considération le slogan qui a secoué la salle après le discours de Palin à la Convention nationale républicaine : drill, drill, drill. Je pense aux dents quand je pense à des drills. Je pense au viol, je pense à la destruction, je pense à la domination. Je pense à des exercices militaires qui exigent des répétitions stupides, vidant l’esprit de l’analyse, du doute, de l’ambiguïté ou des différences d’opinion. Je pense à la douleur.

Voulons-nous un avenir de forage ? Davantage de trous dans l’ozone, au fond de la mer, plus de trous dans notre pensée, dans la confiance entre nations et entre peuples, plus de trous dans la structure de cette chose précieuse que nous appelons la vie ?

Par Christine Burtin Lauthe
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Mardi 9 septembre 2008

Une jeune canadienne dans un discours au « Sommet de la Terre » à Rio-de-Janeiro en 1992, envoyait déjà à tous les adultes que nous sommes, décideurs ou spectateurs, un message de révolte d’une telle intensité qu’il faisait et continue de faire voler en éclats l’idée selon laquelle « les jeunes ne se sentent pas concernés ».


Belle leçon de civisme pour un combat qui reste malheureusement d'actualité...


A voir de toute urgence. Merci, Severn!


http://www.youtube.com/watch?v=5JvVf1piHXg

 


Par Christine Burtin Lauthe
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Mercredi 3 septembre 2008

Le vote des femmes va-t-il changer l’Amérique ?

 

Oui, oui ! Enfin, l’Amérique puis le Monde ! Ne voyez-vous pas ces gros titres dans les journaux ? « McCain veut séduire les femmes… » dans Le Monde du 1er septembre. « Une femme pour seconder McCain » dans l’Y.R du 30 et 31 août. En choisissant Jo Biden, comme colistier, sénateur de 65 ans, spécialiste de politique internationale, Barak Obama, a écarté définitivement Hillary Clinton de la course à la Maison Blanche. Les américaines qui la soutenaient, aussi parce qu’elle était une femme et voyaient en elle un avenir et un soutien, semblent décontenancées et ne pas vouloir reporter systématiquement leurs voix, comme elle leur a demandé de la faire lors de la Convention démocrate, sur Barak Obama. Ce vote des femmes semble maintenant incertain pour Obama.

Alors, que fait McCain pour dynamiser sont image et attirer le vote des femmes à lui ? Il choisit une colistière femme. Il voit là une opportunité de rajeunir son ticket (elle a 44 ans, lui 72) et de redorer son blason (elle est belle (ex vice-miss Alaska), mariée et mère de 5 enfants, dont le dernier est né handicapé) et de rafler le vote des femmes, des électrices indépendantes et de celles qui sont déçues de ne pas pouvoir voter Hillary Clinton aux prochaines présidentielles. Sarah Palin, c’est son nom, est une illustre inconnue, gouverneure de l’Alaska et surtout une conservatrice pure et dure (elle est membre à vie de la Nationale Rifle Association (le lobby des armes à feu), provie et donc anti-avortement farouche, adapte de l’enseignement du créationnisme : bref, aux antipodes des convictions des démocrates voire même de celles des électeurs indépendants) « Sarah Palin : le plus gros pari de l’histoire » comme le proclame McCain ou une « grosse erreur » comme le souligne la représentante démocrate du Colorado qui estime que McCain fait une insulte aux femmes s’il s’imagine qu’elles vont voter pour lui parce qu’il a choisi une femme colistier, indépendamment de ses idées !. J’aurai aimé, pour ma part, qu’Obama choisisse une femme comme colistier : une femme démocrate et d’expérience ; une colistière qui lui aurait permis d’aller jusqu’au bout de l’image du « changement » qu’il veut incarner et apporter. Il n’a pas osé ! Je le crois. Il a dû considérer que la présence à ses côtés de Michelle, sa femme, investie dans sa Campagne allait suffire, compenser. Nous verrons, mais je ne le crois pas. C’est une occasion manquée. Le « coup » de McCain en choisissant une femme comme colistière, va-t-il porter tous les fruits qu’il en attend ? Pas sûr. Car comme le fait remarquer cette déléguée du Colorado et comme le montrent les études sur le vote des femmes américaines, plus démocrates que les hommes, qui votent sur la base de leurs convictions politiques plutôt qu’en fonction du sexe du candidat, pour lui ce n’est pas dans la poche. Dans cette situation, c’est rassurant ! Et oui, si je pouvais voter, je voterai le ticket Obama-Biden sans aucun doute (même si ce ne sont que 2 hommes !!!) Quand je pense qu’avant le droit de vote des femmes, en France par exemple, les hommes affirmaient que si on leur donnait elles voteraient n’importe comment, qu’elle se fieraient à l’aspect du candidat plus qu’à ses idées, qu’elles se laisseraient influencer et autres fadaises ! Rien n’est joué. Mais si, comme le pense McCain et les Républicains, le vote des femmes est primordial dans ces élections, j’espère que les américaines voteront comme elles le font d’habitude et comme le font les femmes, pour des idées, un programme, un changement et un avenir pour tous et toutes et non pas pour un sexe, en l’occurrence une femme, Sarah Palin dont les idées conservatrices et rétrogrades priment sur son genre et risquent avec celles de McCain, d’enfoncer l’Amérique et le Monde dans un conservatisme plus Bush que Bush.


Ces semaines vont être très intéressantes à suivre et je vous invite à vous y intéresser de prêt.


Par Christine Burtin Lauthe
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